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Février 2002

« rencontre du troisième
type »
de Jean-Baptiste
Madiot (France)
Jean-Baptiste nous a envoyé
cette photo début 2001, et elle s'est endormie dans notre dossier "vaches du
mois", bien au chaud avec les autres photos qui attendent patiemment d'être élue.
Avec Pâquerette, nous avons passé ce mois de janvier à la maison, loin des chemins, des
prairies blanches de l'aube, des filets de brume matinale qui viennent s'étirer à la
cime des arbres. Oui, nous manquons de grands espaces, de l'air frais qui s'engouffre dans
nos poumons, du bruit de nos pas sur le sol, dans l'herbe ou sur les mottes de terre
gelées. Alors, quand on l'a revue, cette photo pleine d'espace et de tout ce qu'on a
envie d'y mettre, on s'est dit qu'elle serait notre "vache du mois" de février
2002. Merci encore Jean-Baptiste (jybax@club-internet.fr)
pour tes "grandes cornes dans la brume".
| Oui. Cette photo est pleine d'air, de gouttes d'eau, de minéralité. Elle est une randonnée à elle toute seule. Je regarde mes chaussures et me surprends à les trouver propres, alors que je les aurai bien vues toutes crottées, boues et neige mélangés, avec cette fatigue qui remonte dans les molets puis dans tout le corps, et qui nous fait mieux dormir à la nuit tombée. Mais cette photo n'est pas que ça. Elle est étrange en de nombreux points. De cet étrange que les vaches nous font souvent partager quand on les croise sans les attendre, quand elles surgissent du bout du chemin comme échappées d'un conte fantastique, poursuivies par des elfes farceurs où bien possédées par des sortilèges qu'elles seules saisissent. Quand elles pointent leurs museaux vers nous pour nous humer, ou sortent leur langue pour saisir notre goût salé. Oui cette photo diffuse des soupçons de surnaturels. Plus loin ce troupeau qui vient nous barrer la route, mufles roses devant, cornes fantastiquement dressées, souffles en gerbes de fumée ; alors qu'à notre gauche l'enclos semble bien vide ... Les vaches sont dehors, il fait froid, elles ont passé l'enclos comme pour venir nous intercepter. A moins qu'on les surprenne, ces vaches, en route pour une cérémonie secrète, vous savez, cette cérémonie bien connue où elles se mettent en cercle, pointes des cornes vers le ciel pour capter les ondes cosmiques, pieds plantés dans la terre pour drainer l'énergie tellurique ; oui, vous savez, cette cérémonie où celle qui est l'élue se met au centre et commence à léviter, s'élèver dans les airs pour comprendre tout, infuser son grand secret, celui de la rumination transcendantale, celui de l'alchimie qui lui fait changer le vert en blanc ... Plus loin, au fond, les bois en rideaux dégradés de gris-noir-blanc semblent planter un décor comme pour une grande scène, un opéra naturaliste et mystique ? Et nous arrivons là, acteurs improbables, perdus dans l'immensité, échappés d'un ordinaire patiemment fabriqué pour nous éloigner d'une nature qui, là, semble nous rattraper. Zut !
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