Avril 2002

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« la vache couleur fougères »
photo de Philippe (France, du site http://millevaches.free.fr)

Philippe a photographié cette vache Limousine au détour d'un chemin. Comme ça, sans avoir prévu qu'il photographierai une vache ce jour-là, juste parti en promenade, appareil-photo sous le bras, pour capter la lumière d'automne si particulière. Et pi voilà, la rencontre s'est faîte, naturelle, pour notre plaisir à tous.
Philippe est un as de la photo et un amoureux du plateau des Milles vaches, le bien nommé. Allez sur son site pour un grand bol d'air frais : http://millevaches.free.fr ... ça devrait être remboursé par la Sécurité Sociale !

Il y a des choses comme ça, on ne peut pas s'en empêcher, ça revient à chaque fois, sans prévenir, sans qu'on ai même le temps de lutter. Une image, une odeur, et paf !, c'est un souvenir qui revient ou tout un morceau presque palpable d'un passage du passé, presque tiré d'un vieux film mais qui parait tellement actuel, comme s'il provenait d'hier ou d'avant hier.

Moi, c'est cette fougère en premier plan.
J'en ai des souvenirs de fougères.
De ces fougères qui tapissent les pieds des forêts, de celles qui rougissent en octobre.
De ces fougères qui se déroulent comme des serpentins, au printemps, et qui sortent de la terre déterminées, fortes. De celles qui sont pressées de se dresser vers la lumière.
De ces fougères qui, chez ma grand-mère, ont envahi peu à peu tout le tour de la vieille cabane du fonds du jardin, vous savez, la cabane où on allait se cacher et où la place laissée par les fougères était chaque année un peu plus petite.
De ces fougères qui ne veulent pas se laisser dresser, apprivoiser, alors que vous avez décidé, pauvre homme !, d'en faire pousser dans un petit coin humide de votre jardin trop bien ordonnancé ...

Les fougères sont toutes pour moi des souvenirs d'enfance.
Il suffit que j'en voie, et c'est parti, j'ai envie d'aller me cacher derrière un arbre, me coucher, mettre la paume de mes mains contre la terre riche de la forêt, le nez dans les feuilles mortes, et là, me cacher et retenir mon souffle, un brin de fougère dans les cheveux.
Ecouter. Sentir.
Perdre le temps, l'espace, et tout ce que l'on met dans l'un et l'autre tout au long de nos journées d'adultes, pour ne plus se sentir que comme un morceau du grand tout.

Et puis frémir.
Comme une fougère.